Détail d'une création de Marianne Pilotaz, fils brodés et assemblage de matières

INTERVIEW IMAGINAIRE

Comment vous est-il venu de faire ces créations ?

… pour concrétiser cette volonté de ne plus être autant dans les pensées, retourner dans l’action. Faire ce pour quoi, au fond, je pense exister.

Agir avec mes mains : découper, broder, assembler des papiers pour rendre visible des vérités qui m’importent.

Aussi, saisir l’opportunité de m’émanciper, de me libérer du contrôle, du trop-plein de pensées et d’émotions, pour faire de la place dans ma mémoire, ne garder que l’essentiel et en laisser une trace positive.

En quoi consiste votre acte de création et comment l’interprétez-vous ?

Ma pratique est un acte de déconstruction, de détournement, mais aussi de réappropriation. Je pars d’œuvres existantes que je transforme pour créer une œuvre nouvelle et singulière.

Blanca Ortiga, dans L’Art du collage au féminin, écrit que « le collage est un outil de résistance et de renouveau intellectuel qui révèle les structures ayant confisqué notre désir et notre capacité à penser et créer pour nous-mêmes (et nous créer) ».

Je me reconnais profondément dans cette affirmation. Mon geste créatif – découper, déplacer, réassembler, coudre – revient, d’une certaine manière, à démonter des structures dominantes qui auraient pu brider notre imaginaire et notre désir, pour nous redonner le pouvoir de nous créer nous-mêmes.

C’est finalement un geste profondément émancipateur : une forme de contre-pouvoir face à des structures et à des pensées trop dominantes, qui dictent, normalisent et formatent, parfois sans laisser de place au dialogue, à l’échange ou à la communication.

Ainsi, mon acte de création est aussi lié à la réappropriation de son identité et de son moi. A partir de morceaux d’histoire, de culture et d’influences extérieures, je cherche à conquérir une forme d’autonomie et d’indépendance, en créant des œuvres qui deviennent à leur tour des objets de partage et de transmission, notamment à travers leur vente.

D’où tirez-vous votre inspiration ?

Mon inspiration vient d’abord de l’intérieur, mais elle se nourrit constamment des rencontres, des échanges avec l’autre et de toutes sortes de formes d’entraide.

Elle est profondément ancrée dans le quotidien et dans l’air du temps. Je puise aussi dans les mots : les citations littéraires, les expressions philosophiques, mais également dans les artistes et les personnalités que j’ai eu la chance de rencontrer.

Tout cela forme une matière vivante qui vient nourrir mon regard et se transforme peu à peu dans mon travail.

Je ne résiste pas à citer les deux figures emblématiques de mon inspiration : Ella Maillart et Jean-Jacques Rousseau.

« Comment atteindre un bonheur immuable ? D’abord savoir qui je suis » — Ella Maillard dans Bribes de sagesses

Et « Otez de nos cœurs l’amour du Beau, vous ôtez tout le charme de la vie » — Jean-Jacques Rousseau dans Pensées Genevoises

Qu’est-ce que l’art pour vous ?

« C’est d’être absolument soi-même. » - Verlaine

Pour moi, l’art est une manière d’être au monde : quelque chose de simple, de vivant et de profondément libre. Un espace où l’action et la pensée se soutiennent sans cesse l’une l’autre, pour créer, questionner et, j’espère, toucher les cœurs et les esprits.

Marianne Pilotaz vit à Genève depuis 2013. Tous les jours, elle se réjouit d’être entourée de ses amis, tous amoureux de l’Art de Vivre, de majestueuses montagnes et d’un lac où l’on peut nager toute l’année. Du journal Elle Décoration, à Paris il y a trente ans, à son bureau d’Interior Design il y a vingt ans à Miami jusqu’à aujourd’hui où l’espace s’est ouvert pour laisser s’épanouir une nouvelle activité artistique.

Marianne Pilotaz est née le 28 août 1968 à Paris et est mariée à un Savoyard depuis plus de trente ans. Ils ont deux filles ensemble.